Le rapport "Mapping"

à propos de la théorie du double génocide - page crée en 2010 et continuellement remaniée depuis

 

Plan de la page

Évocation du contexte

Denis Mukwege, réception de son prix Nobel, 2018


A quoi sert l'ONU (Rwanda-Darfour...)? (1) par LiliTheKing

Analyses du rapport Mapping :

Réactions des Etats voisins au rapport Mapping

Les accusations de crime contre le FPR au Rwanda

Au sujet de nombre des victimes sur la période 1993-2003 au Zaïre/RDCongo

Les chiffres avancés par de nombreux Congolais, par Pierre Péan et la propagande militaire française et le Hutu power sont hypertrophiés. A propos de l'étude de deux experts démographes  belges citée dans l'article il convient de noter ceci :

La campagne anti FPR du journal Le Monde relève d'une probable manipulation

Nos autres sources d'information

Lire le rapport

Contexte en 2020

On entend parler du rapport Mapping le plus souvent pour accuser le Rwanda de Kagame d'avoir commis des crimes en RDC. D'autres voix voudraient le reprendre en relation avec les objectifs strictes du Mapping : recenser les massacres en RDC et évaluer les dispositifs juridiques de la RDC en réponse.

Le Docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix connu comme référence pour réparer, physiquement et psychologiquement, les femmes victimes de viols de guerre dans l'Est de la RDC, fait partie de ces autres voix. Compte tenu de son combat, son approche est particulièrement légitime. Mais il apparaît qu'il est harcelé par des propagandistes qui cherchent à le manipuler. Il a ainsi récemment refusé de participer et de parrainer un colloque sur l'Afrique centrale organisé au Sénat français en mars 2020, car, selon le journal La Croix qui a contacté l'équipe du Docteur, sa participation semblait attendue pour justifier la politique française au Rwanda.

Malgré ce refus du Docteur Mukwege de participer à la réunion récente au sénat français, les organisateurs de la réunion diffusèrent un extrait de son discours de Prix Nobel, pour tenter encore de le récupérer. Un tel acharnement montre la force de l'enjeu.

Cette politique française a sévi dans les années 90 et perdura jusqu'à l'élection d'Emmanuel Macron, avec un "écart" notable lors du voyage de Nicolas Sarkozy au Rwanda en 2010 qui qualifia "d'aveuglement" et "d'erreur de jugement" la politique française dans le génocide des Tutsi. Mais des sénateurs restent dans cette posture française désastreuse, qui a permis d'entendre au Sénat en mars 2020 une diatribe raciste anti-Tutsi de la bouche d'un récent candidat à la présidence de la RDC, sans aucun reproche d'aucun participant. Qui ne dit mot consent.

Cette politique française erronée trouva son apogée avec la parution de l'ordonnance du juge Bruguière en 2006, qui accusait le FPR de Kagame d'être auteur de l'attentat "déclencheur du génocide". Elle s'effondrera à travers les nouveaux juges antiterroristes français Marc Trévidic et Nathalie Poux et l'enquête balistique au Rwanda qu'ils ont ordonnée à la fin des années 2000. Cette enquête balistique sera publiée en 2012. Cette ordonnance Bruguière fut analysée comme "objet négationniste" par des juristes français connaissant bien la problématique française au Rwanda et qui furent membres de notre commission. (Géraud de La Pradelle et Rafaêlle Maison - Revue Cités N° 57)

Finalement, dans les faits, le rapport Mapping n'existe plus dans les têtes que pour condamner le Président du Rwanda et, en "jetant le bébé avec l'eau du bain", tous ceux, notamment les familles des rescapés, qui se battent contre la banalisation du génocide des Tutsi dans l'évocation fumeuse d'un double génocide, le deuxième imaginaire, celui des Hutu, devant justifier le génocide des Tutsi et du même coup le soutien de Paris aux génocidaires Hutu.

Qu'en est-il exactement ?

A propos de l'évocation du rapport Mapping dans le discours de Denis Mukwege lors de la réception de son prix Nobel

Le docteur Denis Mukwege, témoin émouvant et reconnu, a rappelé dans son discours les réalités fondamentales de la RDC et la situation dans l'Est du pays, et situé le rapport Mapping dans cette réalité. Il déplore sa mise aux oubliettes de l'ONU. Il a aussi reproché au rapport mapping de ne pas désigner explicitement les responsables des 617 massacres recensés. Il a souligné les responsabilités partagées des autorités de son pays et des pays voisins, et de la communauté internationale dans l'humiliation grave des habitants de son pays.

Il suffit d'écouter son discours ci-contre en haut de la colonne de gauche.

Cet article de l'AFP/Le Vif relate ainsi cette situation en septembre 2020 :

Toutefois il convient de rappeler, que la lecture des réactions à l'ONU au rapport Mapping, du Burundi, du Rwanda, de l'Angola et de l'Ouganda montre que tous ces pays contestent ce travail qu'ils considèrent comme manquant de rigueur, voire affirmerait parfois des contre-vérités. (cf ci-contre la réaction des Etats voisins). Il est difficile dans ces conditions de créer un Tribunal international, si l'international immédiat et le pays concerné contestent le rapport. Il convient aussi de noter que les contestations ne sont pas convergentes, mais prolongent le conflit.

Le docteur Mugwege en a conscience puisqu'il a dit devant les députés européens :

"Pour que justice soit rendue, il faudrait (...) une coopération judiciaire très efficace avec tous les pays impliqués, notamment l'Ouganda, le Burundi et le Rwanda, ce qui n'existe pas encore", a déploré le Dr Mukwege face aux eurodéputés mardi." (cf.article ci-dessus)

Le cas de Lemera, village où se trouvait l’hôpital où travaillait le Dr Denis Mukwege en 1996 et qui fut l'objet d'un massacre odieux le 6 octobre 1996

Denis Mukwege était absent, ce qui lui sauva probablement la vie. Plus d'une trentaine de personnes furent massacrées. Le mapping relate :

(Page 78 § 186).

"Le 6 octobre 1996, des éléments armés banyamulenge/tutsi auraient tué à Lemera dans le territoire d’Uvira plus d’une trentaine de personnes dont des civils et militaires qui recevaient des soins à l’hôpital local"

Quand on lit les attaques subies par les Banyamulenge en tant que "corps étrangers" avant le 6 octobre 1996 et notamment plusieurs en septembre 1996 (pages 73 à 78 du rapport mapping) on comprend que l'attaque Banyamulnege a pu être autonome.

Page 274 § 480.

"Certes le moment exact du début du conflit armé international reste discutable. Des troupes étrangères étaient certainement impliquées dans le Sud-Kivu lors de l’attaque sur le camp de Runingu, le 13 octobre 1996, même encore plus tôt, au cours de l’attaque de Lemera, qui a commencé le 6 octobre 1996 et dans laquelle était impliquée l’armée rwandaise"

Le mapping est imprécis et contradictoire dans son appréciation des auteurs du massacre de Lemera et reste toujours au niveau du conditionnel et de l'hypothèse. Il attribue ce massacre d'abord aux Banyamulenge, représailles probables aux nombreuses attaques qu'ils avaient subies le mois précédent, puis, deux cent pages plus loin, à l'armée rwandaise. On objectera que les banyamulenge s'allièrent plus tard à l'AFDL, mais on remarque dans le mapping que le 10 octobre 1996 : les Rwandais appellent les Banyamulenge à prendre les armes pour faire respecter leurs droits. On trouve tout ce qui concerne Lemera aux pages 78 (§ 186 et § 187), 139, 184 et 274 du Mapping dans sa version française. Les certitudes des lecteurs font le reste, faussement attribuées au rapport mapping.

Les Banyamulenge sont essentiellement des congolais rwandophones de la colline Mulenge au Kivu, proche du Rwanda et du Burundi. D'où leur nom. Ils sont victimes d'ostracisme de la part des congolais zaïrois qui les traitent souvent et depuis longtemps comme un corps étranger (page 73 du rapport mapping). On les dit Tutsi parce que ce sont des éleveurs rwandophones. Ils sont congolais parce que le roi de Belgique Léopold II a décrété au 19 ème siècle, que la frontière passait par le lac Kivu. C'est donc un découpage occidental des réalités africaines. Rappelons que les "ethnies" au Rwanda (comme au Burundi) ne sont pas des ethnies. Les Tutsi et Hutu vivaient mélangés sur tout le territoire et dans tous les clans et parlaient la même langue et se mariaient entre eux. Les Hutu sont des agriculteurs essentiellement, et les Tutsi des éleveurs essentiellement. Par contre au Congo les Banyamulenge sont une des quelques 250 ethnies congolaises (et à peu près autant de langues) et ont une langue bien particulière.

Le rapport explique dans sa note 151 page 72 :

Le terme « banyamulenge » s’est popularisé à partir de la fin des années 1960 afin de distinguer les Tutsi installés de longue date au Sud-Kivu, les Banyamulenge, de ceux arrivés à partir des années 1960, comme réfugiés ou immigrés économiques. Banyamulenge signifie « gens de Mulenge » du nom d’une localité située dans le territoire d’Uvira où les Tutsi sont très nombreux. Avec le temps cependant le terme « banyamulenge » a de plus en plus été utilisé de façon vague et pour désigner indifféremment tous les Tutsi zaïrois/congolais et parfois rwandais.

L'instrumentalisation du rapport Mapping de l'ONU ˄

Ce que les propagandistes veulent faire dire au rapport Mapping

De quel Rwanda parle-t-on ?

La première constatation des propos de propagande est la focalisation sur le Rwanda d'après génocide. Le Rwanda actuel, 90 fois plus petit que la RDC et 7 fois moins peuplé, serait responsable de tous les malheurs de son immense voisin. Le Rwanda est implicitement ramené à l'état de virus. N'est-ce pas la politique ethniciste Hutu qui a divisé le Rwanda à partir de "l'indépendance" du pays ? Pourquoi dès lors reprocher aux autorités qui protègent les Tutsi, qu'on appelait déjà "cafards" pour les écraser pendant le génocide, d'être obligés de poursuivre des génocidaires selon leurs propres revendications ethniques qu'ils brandirent dans le "Hutu power" ? N'est-ce pas le sens de la convention internationale de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide ? Les Rwandais élus, dont une majorité d'anciens Hutu et des rescapés  du génocide des Tutsi très minoritaires au sein de la classe politique Rwandaise, sont fondés à exercer cette répression politique. Ils ont actuellement le pouvoir au Rwanda.

Pourtant, n'est-ce pas le régime rwandais d'avant 1994 qui a conduit le génocide des Tutsi, dont les divers acteurs ont majoritairement fuit vers le Zaïre sous la protection de l'opération Turquoise française, qui a envahit le Zaïre ? Environ un million de Rwandais, génocidaires, compromis avec les génocidaires ou pris en otage par les génocidaires ont envahit les provinces congolaises frontalières avec leur matériel de guerre, leurs banques, etc, et surtout leur volonté de reconquérir le Rwanda. Tous Hutu, puisqu’ils tuaient systématiquement les Tutsi en leur sein.

Cette propagande est facilitée par le fait que les actions des membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU sont tout simplement ignorées des considérations de ce rapport Mapping, à part dans quelques notes de bas de page pour souligner leurs soi-disant efforts de paix. Aucune allusion à l'opération Turquoise de la France qui est intervenue en 1994 au Zaïre dans la période analysée par le rapport. Ce silence du rapport est vraiment énorme. Il néglige des perspectives historiques et des épicentres de responsables de la situation et rejette dans ses considérations stratégiques ces grandes puissances, mais s'attarde longuement sur des considérations stratégiques concernant le Rwanda en posant la question d'un génocide des Hutu qu'il ne confirme pas en soulignant de nombreux éléments à décharge. (Voir cette polémique en fin de cet article)

La surmortalité extraordinairement exagérée due aux guerres du Congo

Il est important dans ce chapitre de ne pas confondre les Hutu rwandais retranchés en RDC/ex-Zaïre à partir de 1994 et les Congolais de RDC, dans des comptabilités intéressées très douteuses telles que les a "tamponnées" Pierre Péan, principal fondateur de cette déraison.

En effet, autre point très important des propagandistes : le rapport Mapping authentifierait que les Congolais auraient subi une surmortalité, à cause du Rwanda de Kagame, de 4 millions, 7 millions, voire 12 millions de morts, selon les plumes plus ou moins extravagantes. Dans leurs discours ils mélangent pêle-mêle Congolais et Hutu rwandais pour gonfler les chiffres d'un soi-disant génocide des Hutu.

En réalité le rapport Mapping ne traite ce sujet qu'en une seule phrase et une note de bas de page pour souligner : "Compte tenu de son mandat, il ne revenait pas au Projet Mapping de se prononcer sur le nombre total de personnes mortes ou tuées du fait de la situation en RDC au cours de la période considérée."

Rapport Mapping page 49

"Ces dix années ont, en effet, été marquées par une série de crises politiques majeures, des guerres ainsi que de nombreux conflits ethniques et régionaux qui ont provoqué la mort de centaines de milliers, voire de millions de personnes 87" (c'est la seule phrase)

"Note 87 : L’International Rescue Committee (IRC) a mené quatre études sur la mortalité en RDC entre 1998 et 2004. Selon l’IRC, depuis le début de la deuxième guerre en août 1998 jusqu’à la fin du mois d’avril 2004, environ 3,8 millions de personnes auraient péri, victimes directes ou indirectes de la guerre et des conflits armés. Il est à noter cependant que la méthodologie retenue par l’IRC pour déterminer le nombre de morts indirects repose sur des études épidémiologiques et des estimations de croissance démographique qui ont pu être contestées. Compte tenu de son mandat, il ne revenait pas au Projet Mapping de se prononcer sur le nombre total de personnes mortes ou tuées du fait de la situation en RDC au cours de la période considérée." (C'est la note de bas de page)

Poussant un peu plus la recherche, on peut relever que l'expression "nombre indéterminé" est utilisée 177 fois dans le rapport mapping.

L'IRC est une "ONG" américaine qui n'est pas si indépendante que cela. Son conseil de surveillance est peuplé d'anciens secrétaires d'Etat des Etats-Unis, et pas des moindres.

On trouve dans cette liste des "surveillants" de l'IRC des membres de la diplomatie et des armées des USA qui peuvent très bien avoir sanctifié des manipulations de chiffres, si on en juge par exemple par les mensonges utilisés, et mondialement connus,  pour justifier le déclenchement de la guerre en Irak :

On aura des hypothèses sur les buts poursuivis par l'IRC dans mon article, cité dans un lien direct plus bas, et intitulé :

Le rapport Mapping n'étudie pas la question d'un génocide contre les Congolais

Au sujet des crimes de génocide éventuellement commis, le rapport Mapping étudie lourdement la question d'un génocide contre les Hutu rwandais ayant fuit au Zaïre. Dans certains "incidents" on évoque que des Hutu congolais auraient pu être visés comme tel. Cela est souligné comme élément qui pourrait renforcer l'idée d'un génocide contre les Hutu.

Il évoque aussi, de façon beaucoup plus légère, des "incidents" contre les Tutsi établis depuis longtemps au Kivu comme des prolongements du génocide des Tutsi au Rwanda à partir de 1993 dans la période préparatoire du génocide des Tutsi et ensuite à partir de l'arrivée des génocidaires rwandais en juillet 1994.

Voir, au sujet des Hutu, les deux dernières parties de cette page.

La mortalité des Hutu rwandais pendant la première guerre du Congo

Autre aspect de cette propagande, et pas des moindres, la surmortalité des Congolais, ne concerne pas les génocidaires Hutu poursuivis par l'alliance Rwando-Ougando-Congolaise fin 1996. Un journaliste du journal Allemand TAZ s'est attaché à décompter avec précision le nombre de morts des camps Hutu en recoupant les divers chiffres du HCR, Haut commissariat aux réfugiés, notamment. Il arrive à un maximum de 40 000 morts (quarante-mille). Lire à ce sujet cette traduction en français :

Quand on regarde les choses de plus près, et notamment en prenant en compte le nombre de personnes des groupes armés Hutu rwandais ayant fait parler d'eux en RDC après leur traque, ALIR puis FDLR, il apparaît donc que la vérité des chiffres du nombres de morts hutu rwandais dûs à l'action des nouvelles autorités rwandaises doit  être très inférieure à 40 000.  La fourchette de leur nombre oscille en effet autour de 15 000 à 20 000 combattants. Il y aurait donc eu environ 20 à 25 000 morts en réalités et non pas 10 fois plus qui est l'évaluation minimum des propagandistes, ce nombre pouvant grimper à plusieurs millions sous certaines plumes.

La surmortalité des Congolais pendant la deuxième guerre du Congo

La propagande hallucinante au sujet du nombre de morts congolais à cause du Rwanda prend la mesure de sa démesure quand on lit la seule étude faite par de véritables démographes à ce sujet, établie dans le cadre d'une mission des institutions européennes. Cette étude dégage 183 000 morts, cent quatre-vingt-trois mille, exactement, même si les auteurs n'éludent pas une relative fourchette de 10% autour de ce nombre, et non pas des millions :

Etude de l'Association pour le Développement de la Recherche Appliquée en Sciences Sociales, ADRASS

2020, les suites de la propagande :

En 2020, ce travail de sape perdure en France. Par exemple, au Sénat français en mars 2020, le colloque très controversé, annoncé en brandissant qu'il aurait été parrainé par le Docteur Denis Mukwege, fut présenté ainsi (c'est moi qui est barré et annoté l'information erronée) :

Malheureusement pour eux, le Docteur Mukwege refusa ce parrainage au motif, selon son équipe contactée par le journal La Croix, que ce colloque serait détourné par les militaires français qui veulent remettre en cause les accusations du Rwanda contre la France.

Malgré de nombreuses désapprobations, ce colloque eut lieu. Voici ce qu'en dit le journaliste
Jean-François Dupaquier :

L'intégralité de ce colloque est publié en vidéo sur Youtube. On peut constater, qu'à défaut du soutien du DR Mukwege, les organisateurs ont projeté un extrait de la vidéo de son discours :

Lire aussi mon point de vue sur la RDC publié sur mon blog dans le club de Médiapart :

Et quelques articles que je rassemble sur un autre site :


La focalisation sur le Rwanda ˄

En 1994, au cours de l'opération Turquoise de l'armée française, devant l'avance de l'armée du FPR que la France essaya de freiner, le gouvernement génocidaire, son armée et ses milices, son matériel militaire et ses banques, se sont repliés au Zaïre à travers le dispositif français. Des camps de réfugiés immenses furent installés à la frontière Rwando-Zaïroise. Le régime génocidaire rwandais en fuite y réinstalla un état rwandais de campagne avec le soutien diplomatique et militaire de la France et le détournement de l'aide aux réfugiés littéralement pris en otage et victimes du choléra. Parmi ces réfugiés se trouvaient de nombreux rwandais ayant participé au génocide car ce fut un génocide "populaire". En effet, toute la population suivit ce qui se passait et un grand nombre, sans doute 20 % de la population "encartée" Hutu, participa directement au génocide, souvent sous la menace, dans le sillage des milices.

A partir de cette réorganisation des génocidaires au Zaïre, des actions d'infiltration au Rwanda furent perpétrées avec de fréquents massacres dans les villages frontaliers du Rwanda, "pour finir le travail" du génocide et déstabiliser le nouveau Rwanda de 1994 à 1997. Excédées par cette dérive politique, des ONG quittèrent les camps dès le début, dont Médecins sans frontière en novembre 1994.

Face à cette situation le gouvernement du Rwanda tenta vainement d'alerter la communauté internationale, qui avait la responsabilité de ces camps. Devant l'inertie internationale, le Rwanda et l'Ouganda, alliés dans une coalition, l’AFDL, avec Laurent Désiré Kabila (opposant historique zaïrois de Mobutu et père du président Joseph Kabila) attaquèrent frontalement fin 1996 les camps armés jusqu'aux dents, pour faire revenir au Rwanda les réfugiés littéralement pris en otage et poursuivre les responsables du génocide. Finalement, ne rencontrant aucune résistance zaïroise, ils firent tomber le président Mobutu au cours de cette "première guerre du Congo". Kabila fut mis au pouvoir.

Près de 800 000 Rwandais revinrent au Rwanda par vagues successives de 1996 à 1998, sous la houlette du gouvernement rwandais. Les autres furent poursuivis au Zaïre. Beaucoup moururent, les uns à cause de l'armée du FPR, les autres à cause des conditions de fuites à travers les forêts zaïroises. Un certain nombre se réfugièrent dans d'autres pays de la régions ou demeurèrent au Zaïre/RDC. Les évaluations du nombre de morts varient selon les sources de quelques dizaines de milliers à près de 200 000 morts. Selon le journaliste, Dominic Johnson du quotidien allemand TAZ, membre du Pole Insitute de Goma au Zaïre/RDC et très bon connaisseur de la région, un décompte précis, en se basant sur les chiffres des institutions internationales qui géraient les camps, évalue le nombre des victimes des camps rwandais au maximum à quarante mille. (Voir ci-dessus).

Une rupture entre Kabila et ses alliés provoqua la deuxième guerre du Congo qui engagea directement une dizaine de pays et, en arrière plan à travers ces belligérants apparents, les pays liés aux multinationales assoiffées des matières premières congolaises. Selon des experts démographes européens, envoyés par la CEE au Congo pour aider à la préparation des listes électorales en 2008, ce deuxième conflit provoqua la mort de 183 000 personnes de 1998 à 2004. (Voir ci-dessus). On est donc très loin des chiffres extravagants de 4 millions morts, voire 7 millions de morts selon certains négationnistes du génocide des Tutsi qui tentent ainsi de justifier leur alliance avec les génocidaires.

Le "rapport mapping" de la commission des Droits de l'homme de l'ONU, diffusé à partir de septembre 2010, recense plus de 600 exactions commises au Zaïre/RDC entre 1993 et 2003 et pointe les différents groupes d'auteurs présumés de ces exactions. Pour quelques unes d'entre elles, parmi celles du Rwanda et de son armée, l'APR, dans un chapitre visant ce seul pays contre toute raison si on lit attentivement ce rapport, il s'interroge sur leur caractère génocidaire et souligne aussi les éléments contraires à cette interprétation.

Il est frappant que ce rapport mapping ne prend pas suffisamment en considération le fait que le groupe ethnique visé par le démantèlement des camps, des Hutu, sont visés non pas gratuitement, mais parce qu'ils sont dirigés par le noyau génocidaire Hutu qui continue à faire des massacres sur le territoire rwandais entre 1994 et 1996. Ils ne sont pas visé parce qu'ils sont Hutu, mais parce que ces Hutu se sont regroupés pour exterminer les Tutsi, puis ont fuit au Zaïre. Le rapport Mapping n’envisage pas la nécessité juridique et de police nécessairement militaire d'appliquer la convention sur le génocide de 1948, à cause du génocide des Tutsi, mais uniquement à cause d'un éventuel génocide des Hutu ! La réflexion atteint une crête ici et n'est pas dépassée plus loin dans le rapport :

C'était pourtant bien à l'ONU de faire ce tri parmi les "réfugiés" Hutu qui fuyaient la justice, à commencer par l'opération Turquoise de l'ONU conduite par la France, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, agissant au titre du chapitre VII de la Charte de l'ONU. L’ampleur du nombre de Hutu compromis dans le génocide parmi ces "réfugiés" les en a probablement dissuadés, puisque l'ONU n'a rien fait de tel de juillet 1994 à fin 1996. Comble de l'hypocrisie du milieu diplomatique, on reproche au Rwanda dans ce rapport de ne pas avoir fait ce tri au préalable sur un territoire étranger ! Mais le rapport Mapping ne reproche pas à la France d'avoir réarmé ces génocidaires, après avoir fermé les yeux sur leurs passages d'armes, dont des missiles anti-aériens d'origine française, selon une information de l'ong Human Right Watch reprise par les députés français en 1998 dans leur rapport.

La convention pour la prévention et la répression du crime de génocide est utilisée unilatéralement dans le rapport mapping contre le "nouveau Rwanda" et au delà, de fait, pour protéger les auteurs du génocides des Tutsi contre les rescapés du génocide des Tutsi, dans la mesure où ces Tutsi trouvent enfin au Rwanda une paix douloureuse après 35 ans de menaces et d'exaction génocidaires et d'une "solution finale" en 1994.  Des Congolais se sont aussi montrés complices du génocide des Tutsi. Il y eut aussi des massacres de Tutsi dans l'Est du Congo en 1994 et pas seulement par le fait d'Hutu rwandais (ce qui est faiblement évoqué par le mapping), et la haine actuelle qui s'exprime au Congo en 2020 contre les Tutsi ne relativise pas ce problème d'impunité fruit violent de l'inconséquence de l'ONU.

On aura une perception magistrale de l'histoire récente de la RDC et de l'instrumentalisation de la RDC, comme de l'attentat du 6 avril 1994, dans le négationnisme du génocide des Tutsi en lisant les articles de Jean-François Dupaquier d'avril-juin 2020 :

Les lignes suivantes retracent notre découverte chronologique de cette polémique concernant le rapport Mapping lors de sa publication en 2010, et notre réflexion immédiate à son sujet.

Les accusations de génocide au Zaïre contre le Rwanda
après le génocide des Tutsi rwandais de 1994 ˄

Du pré-rapport au rapport final de l'ONU sur les événements de 1993 à 2003 au Zaïre/RDC

La polémique fut déclenchée par le journal Le Monde, d'abord par une fuite du pré-rapport, fin août 2010, puis par un éditorial  le 9 septembre 2010.

A la suite de la fuite une première constatation fut faite dans un premier éditorial de Survie en Alsace : "Les gouvernements clefs" sur l'Afrique des Grands lacs
L'ONU a fait réalisé un rapport de 500 pages pour la RDC et de 80 pages pour le génocide des Tutsi au Rwanda - Voilà, à la louche, l'échelle de prise en considération des événements dans les Grands Lacs par l'ONU. La partialité de cette disproportion n'est que l'arbre qui cache la forêt. Qu'on ne nous fasse pas dire ce que nous ne disons pas : il est tout à fait souhaitable que ces enquêtes soient faites.
L'éditorial du journal Le Monde qui suivit quelques jours après cette fuite confirma le caractère politique de la campagne à laquelle se livrait "le journal du soir" :

Un éditorial très stratégique du journal Le Monde
Survie en Alsace 9 septembre 2010
Accusé de génocide au Zaïre par un pré-rapport de l'ONU poussé sur la scène médiatique par le journal français Le Monde, le gouvernement rwandais envisage de retirer tous ses soldats servant au sein de la mission de  paix ONU/Union africaine (Minuad) au Darfour, et de la Mission des Nations Unies au Soudan (Unmis), si ce rapport est publié en l'état. Le Monde, présente ainsi l'attitude du Rwanda dans son éditorial daté du 9 septembre 2010 sur son site internet  : "Quand le Rwanda soumet l'ONU au chantage".[...]

Nous fîmes ensuite deux mises au point, une sur le contenu du pré-rapport puis une sur celui du rapport :

le pré-rapport

L'évocation d'un "génocide des Hutu"

Le 29 septembre 2010, nous avons trouvé et mis en ligne le pré-rapport dans sa version française. Nous n'avions jusque là que la version anglaise. Nous avons dès le lendemain mis en exergue l'ultime conclusion du chapitre le plus controversé sur la qualification de génocide des crimes perpétrés contre des Hutu au Zaïre. Il apparaît que la campagne d'accusation déclenchée par le journal Le Monde et immédiatement relayées par tous ceux qui étaient dans les starting-block pour casser du Rwanda, passe visiblement au-dessus de cette conclusion. On retrouve la même dissonance entre la campagne médiatique et le texte du pré-rapport, qu'entre les annexes du rapport des députés français sur le Rwanda et le résumé médiatique de Paul Quilès en décembre 1998. Bien évidemment nous n'avons pas les moyens d'apprécier l'authenticité des témoignages des 617 violences étudiées. Nous devons les respecter et les prendre tel quel. Nous rappelons cependant que des experts démographes des institutions européennes avaient estimés à 183 000 (cent quatre vingt trois mille) le nombre de victimes du conflit en RDC de 1998 à 2003, alors que certains nous bassinent avec quatre à sept millions millions de victimes et des atrocités que l'on nous présente comme étant toutes de la responsabilité du Rwanda.

Nous savons bien que des Congolais et des Rwandais ont subi et violemment souffert injustement des politiques étatiques et économiques qui présidaient à leurs destins. Notre objet ici n'est pas de nier ces souffrances, mais de critiquer leurs utilisations dans des constructions intellectuelles discutables. C'est la raison de notre révolte contre le traitement de l'information par certaines officines dont le journal Le Monde semble être toujours et encore le cornac.

Nous avons trouvé immédiatement le 1 octobre 2010 la version française du rapport final et nous vous la présentons après notre article du 30 septembre 2010. (les références des notes ont été supprimées dans les citations).

Quand on est avocat ou journaliste on commence par évaluer les faits avec fidélité et objectivité. Voici la conclusion du chapitre sur la qualification de génocide de certains crimes dans le pré-rapport de l'ONU sur la RDC/Zaïre :

"517.  Les attaques systématiques et généralisées décrites dans le présent rapport, ayant ciblé de très nombreux réfugiés hutu rwandais et de membres de la population civile hutu et causé leur mort, révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide. Le comportement de certains éléments de l’AFDL/APR à l’égard des réfugiés hutu et des populations hutu établies au Zaïre à cette époque semble s’inscrire dans le cadre « d’une série manifeste de comportements analogues dirigés contre ce groupe » duquel un tribunal pourrait même déduire l’existence d’un plan génocidaire. « Si l’existence d’un tel plan peut contribuer à établir l’intention génocidaire requise, elle ne constitue pour autant qu’un élément de preuve permettant de déduire cette intention et non un élément juridique du génocide ».

Il est à noter que certains éléments pourraient faire hésiter un tribunal à conclure à l’existence  d’un plan  génocidaire,  comme  le fait qu’à partir du 15 novembre 1996 plusieurs dizaines de milliers de réfugiés hutu rwandais, dont de nombreux survivants d’attaques précédentes, ont été rapatriés au Rwanda avec le concours des autorités de l’AFDL/APR et que des centaines de milliers de réfugiés hutu rwandais ont pu rentrer au Rwanda  avec l’assentiment  des autorités rwandaises  après le commencement de la première guerre. Si en général les tueries n’ont pas épargné les femmes et les enfants, on notera qu’à certains endroits, au début de la première guerre, des femmes et des enfants hutu ont été effectivement séparés des hommes, qui seuls ont été tués par la suite.

518.  Par contre, ni le fait de ne cibler que les hommes dans les massacres ni celui de permettre à une partie du groupe de quitter le pays ou même de faciliter ses déplacements pour différentes raisons ne permettent en soi d’écarter totalement l’intention de certaines personnes de détruire en partie un groupe ethnique comme tel. À cet égard il paraît possible d’inférer l’intention spécifique de certains commandants de l’AFDL/APR de détruire en partie les Hutu en RDC, donc de commettre un crime de génocide, de leur conduite,  de leurs propos  et des circonstances  accablantes  des actes de violence commis  par les hommes  sous leur commandement.   Il appartiendra  à un tribunal compétent de trancher cette question."

Un génocide relève d'une stratégie d'extermination jusqu'à maintenant toujours liée à un État. A partir du moment où l'on identifie qu'il s'agit d'éléments isolés dans une stratégie globale différente, il parait difficile de parler de génocide des Hutu par l'AFDL/FPR. Il serait de plus utile de discerner ce qui relève de l'APR rwandaise et ce qui relève des autres éléments de l'AFDL.

Quand on est avocat et qu'on se veut impartial pour dénoncer une injustice on doit considérer qu'il n'y a pas "deux poids et deux mesures" dans cette affaire mais trois poids et trois mesures. Car cette affaire des crimes contre l'humanité du FPR au Zaïre est brandie en France pour en cacher une autre plus grave : la complicité profonde et étroite des autorités françaises dans le génocide des Tutsi du Rwanda qui aurait du être portée devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda. Cette complicité de génocide est prioritaire dans la hiérarchie des crimes sur ceux du FPR, de même que la responsabilité française  précède le FPR dans la chronologie d'une crise politique et militaire au Zaïre que le FPR a du résoudre par ses propres moyens malgré ses appels à la communauté internationale.

Il est en outre remarquable à ce sujet que ce pré-rapport ne dit absolument rien de cette responsabilité première de la France dans la non-arrestation des génocidaires pendant l'opération Turquoise en 1994. Cette opération française sous chapitre VII de la charte de l'ONU (droit d'utiliser la force pour imposer le droit international) en avait les moyens juridiques et militaires. Pas un mot dans ce rapport sur la France présente au Zaïre/RDC dans cette période étudiée de 1993 à 2003. C'est d'une très grande partialité.

Nous aurons la rédaction finale le 1 octobre 2010 dont nous espérons qu'elle soit plus pointue sur les qualifications des crimes, de telle sorte qu'on ne puisse plus les détourner trop facilement de leur sens comme le fait le journal français Le Monde, notamment dans son éditorial du 9-10 septembre dernier et son article du 31 août 2010 (Voir ci-contre).

EC
30 septembre 2010

La prudence rédactionnelle introduite dans le rapport final

Voici les modifications de cette conclusion dans le rapport final du 1 octobre 2010. Nous n'avons pas eu matériellement le temps de comparer la totalité des deux rapports, seulement cette conclusion du chapitre le plus controversé.  On constate que cette prudence rejoint nos objections quant aux arguments à prendre plus en considération contre cet effort international pour accuser le gouvernement Rwandais d'un hypothétique génocide des Hutu.

Les deux paragraphes 517 et 518 ont été remaniés et 4 paragraphes ont été ajoutés  :

"517. Les massacres de Mbandaka et Wendji, commis le 13 mai dans la province de l’Équateur, à plus de 2 000 kilomètres à l’ouest du Rwanda, marquent l’ultime étape de la traque des réfugiés hutu qui avait débuté à l’est du Zaïre, dans les deux Kivu, en octobre 1996. Parmi les réfugiés se trouvaient des éléments des ex- FAR/Interahamwe qui ont été désarmés par la gendarmerie locale dès leur arrivée. Malgré tout, l’AFDL/APR a ouvert le feu sur des centaines de réfugiés hutu sans défense, faisant de nombreuses victimes. Le comportement de certains éléments de l’AFDL/APR à l’égard des réfugiés hutu et des populations hutu établies au Zaïre à cette époque semble s’inscrire dans le cadre « d’une série manifeste de comportements analogues dirigés contre ce groupe » duquel un tribunal pourrait même déduire l’existence d’un plan génocidaire. « Si l’existence d’un tel plan peut contribuer à établir l’intention génocidaire requise, elle ne constitue pour autant qu’un élément de preuve permettant de déduire cette intention et non un élément juridique du génocide » .

518 Il existe certains facteurs qui pourraient amener une conclusion à l’encontre de l’existence de l’intention spécifique requise, donc du crime de génocide. Premièrement, l’obligation d’établir que l’intention du contrevenant était de détruire (en partie) le groupe ethnique hutu ‘comme tel’, et de distinguer cette intention de l’intention discriminatoire (mais pas nécessairement génocidaire) de tuer des personnes à cause de leur appartenance à un groupe. Dans sa décision sur l’intention requise la Cour internationale de Justice, a souligné que le génocide exigeait la preuve de l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe protégé « comme tel ». Il n’est ni suffisant d’établir que des membres du groupe ont été tués délibérément et illicitement, ni que les membres du groupe ont été ciblés à cause de leur appartenance à ce groupe, ce qui ne démontre qu’une intention discriminatoire de la part du ou des contrevenants. Les mots « comme tel » souligne cette intention spécifique de détruire un groupe protégé .

519. Deuxièmement, il y existe une obligation essentielle d’établir clairement l’intention spécifique de détruire le groupe. Cette intention clairement démontrée constitue l’élément critique qui distingue les situations où les membres d’un groupe sont ciblés à cause de leur appartenance au groupe—ce qui ne constitue pas en soi un génocide— des situations où l’on a l’intention de détruire le groupe en tout ou en partie, ce qui correspond au génocide. En l’absence de preuve directe de l’intention, un juge doit appliquer des règles strictes en matière d’évaluation de la preuve circonstancielle avant de pouvoir en tirer une inférence établissant l’intention spécifique. La Chambre d’appel du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a décidé que pareille inférence ne peut être faite à moins qu’elle « ne soit la seule inférence raisonnable qui découle de la preuve » et qu’un accusé ne peut être déclaré coupable de génocide « que si cette intention est clairement établie ». En inférant l’intention d’un contrevenant à partir de preuves circonstancielles liées à sa conduite, l’existence d’une autre explication raisonnable de cette conduite met en péril l’établissement clair de l’intention de détruire un groupe en tout ou en partie.

520. Troisièmement, dans le contexte spécifique des événements survenus au Zaïre en 1996 et 1997 tel que documentés dans ce rapport, on pourrait soulever certaines explications alternatives des actions de l’AFDL/APR. Si elles sont prouvées, ces explications plaideraient à l’encontre d’une conclusion que l’intention de détruire les Hutus « comme tel » est la seule inférence qui peut être raisonnablement tirée de leurs actions tel que documentées dans le présent rapport. Les attaques de l’AFDL/APR contre les camps et les réfugiés hutu fuyant au Zaïre pourraient s’interpréter comme une campagne de punition collective à l’encontre des civils hutu au Zaïre soupçonnés d’avoir participé au génocide ou qui l'avaient soutenu Rwanda en 1994. Le retour au Rwanda d’un très grand nombre de Hutu réfugiés, après les attaques de l’AFDL/APR contre les camps en 1996 et 1997, pourrait avoir renforcé la perception que les Hutus qui sont restés au Zaïre l’ont fait soit parce qu’ils faisaient parties des ex-FAR/Interahamwe, soit par sympathie à leur égards. L’Equipe d’enquête du Secrétaire général de l’ONU déployée en RDC juste après les événements a démontré dans son rapport final les défis que posent l’inférence d’une intention spécifique claire à la base des tueries de Hutu en RDC en ces termes : « Il est clair que, lorsque les camps du Nord-Kivu ont été attaqués, en octobre et  novembre 1996, l'un des objectifs était de contraindre les réfugiés résidant dans les  camps à regagner le territoire rwandais. Dans une certaine mesure, le retour a été  volontaire puisque de nombreux réfugiés authentiques avaient été empêchés de  rentrer dans leur pays par les éléments militaires présents dans les camps.  Toutefois, il est clair aussi qu'à certains moments et à certains endroits, les attaques  perpétrées contre les populations qui avaient quitté les camps et qui fuyaient vers  l'ouest en direction de l'intérieur du Zaïre n'avaient pas pour but de les contraindre  à rentrer au Rwanda mais bel et bien de les éliminer (…) L'intention d'éliminer les  Hutus rwandais qui restaient dans le pays se prête à deux interprétations possibles :  il s'est agi soit d'une décision d'éliminer ces groupes plutôt que de les rapatrier,  pour quelque raison que ce soit, soit d'une décision de les éliminer parce que la  suppression des camps séparait concrètement les "bons" Hutus des "mauvais", dans  la mesure où ceux qui n'avaient guère participé au génocide de 1994 contre les  Tutsis étaient rentrés dans leur pays et ceux qui fuyaient plutôt que de rentrer  étaient ceux qui avaient participé au génocide ou qui l'avaient soutenu. Dans les  deux cas, le massacre systématique des Hutus qui restaient au Zaïre a été un crime  odieux contre l'humanité mais le motif à l'origine des décisions est important pour  déterminer si ces meurtres constituent un génocide, c'est-à-dire une décision  d'éliminer, en partie, le groupe ethnique hutu. Le motif à l'origine des massacres  de Hutus zaïrois au Nord-Kivu est lui aussi important. C'est même l'aspect le plus  important du mandat donné à l'Équipe et il nécessite une enquête plus approfondie.».

521. Quatrièmement, les faits qui tendent à démontrer que les contrevenants présumés ont épargné la vie de membres du groupe alors qu’ils avaient les moyens et l’opportunité de les tuer, pourraient également plaider à l’encontre de preuve claire de l’intention de détruire le groupe. Comme noté dans ce rapport et dans des enquêtes précédentes (notamment celle de l’Équipe d’enquête du Secrétaire général de 1998), un très grand nombre de Rwandais hutu présents au Zaïre ont pu retourner au Rwanda, y compris avec l’assistance de l’APR, durant la campagne de 1996-1997 de l’AFDL/APR en RDC. On doit noter qu’à partir du 15 novembre 1996 plusieurs dizaines de milliers de réfugiés hutu rwandais, dont de nombreux survivants d’attaques précédentes, ont été rapatriés au Rwanda avec le concours des autorités de l’AFDL/APR et que des centaines de milliers de réfugiés hutu rwandais ont pu rentrer au Rwanda avec l’assentiment des autorités rwandaises après le commencement de la première guerre. Si en général les tueries n’ont pas épargné les femmes et les enfants, on notera qu’à certains endroits, au début de la première guerre, des femmes et des enfants hutu ont été effectivement séparés des hommes, qui seuls ont été tués par la suite.

522. À la lumière des considérations concurrentes précédemment énumérées, il est important qu’une une enquête judiciaire complète soit ouverte, afin de faire la lumière sur les incidents rapportés qui se sont déroulés sur le territoire de la RDC en 1996 et 1997. Seul une pareille enquête suivie d’une décision judiciaire sera en mesure de déterminer si ces incidents constituent des crimes de génocide. "

En conclusion

Entre le pré-rapport et le rapport mapping, une accentuation de la réflexion sur les considérations qui épargnent le Rwanda de l'accusation d'avoir perpétré un génocide contre les Hutu fut retravaillée, mais en aucune manière on ne peut constater un revirement de la commission.

D'autre part le caractère très partiel et ponctuel de ce rapport "mapping" doit être souligné. Il s'intéresse aux seules constatations brutes sur le terrain, en ignorant les contextes historiques et politiques, hors de toute recherche de synthèse, et surtout en ignorant complètement les politiques des états occidentaux, et singulièrement de la France. Celle-ci fut pourtant présente sur le terrain sur la période étudiée. Ce rapport fut utilisé à dessein de façon partiale contre le Rwanda par des éléments influents de la France qui veulent éviter les accusations qui sommeillent contre elle à cause de son implication dans le génocide des Tutsi du Rwanda. Il est très probable que la fuite du journal Le Monde sur le pré-rapport fut organisée pour tenter de soutenir le courant pro-français de la commission de l'ONU dans la phase de rédaction finale.

Dans ce travail de sape, le journal Le Monde fut une fois de plus instrumentalisé à des fins de propagande. Jean-Paul Gouteux, dans "un génocide secret d'état", puis dans "Le Monde un contre-pouvoir ?", et surtout à travers la série de procès que Le Monde intenta contre lui à cause de son premier livre, et que Gouteux gagna en appel après cassation quelques mois avant de mourir, dénonça maintes fois cette perversion du "journal de référence" français, son inféodation scandaleuse à la dé-raison d'état quand il est gravement menacé, jusqu'à l'éviction de son rédacteur en chef par les journalistes en 2007.
E.C. fin 2010

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