Réponse au communiqué « Rwanda : Non à la repentance ! » de Jacques Myard 

Comment peut-on avoir fait partie de la mission d'information parlementaire sur le Rwanda et sortir dans un si petit texte autant de contre-vérités ? C'est inexact. Les accords d'Arusha, et notamment le premier accord signé le 12 juillet 1992, et immédiatement en vigueur, prévoyait que "Toutes les troupes étrangères" quittent le Rwanda dans son article 2, mais autorisait les coopérants militaires français dépendant de l'accord bilatéral de 1975 à rester sur place. Cet accord est entièrement intégré dans l'ensemble des accords d'Arusha. Donc fin 1993 lorsque les troupes de l'opération Noroît et du Dami se sont retirées officiellement  avec 18 mois de retard, il restait tout aussi officiellement, mais discrètement, plusieurs dizaines de coopérants militaires.
Cf http://cec.rwanda.free.fr/documents/Arusha-1v5.pdf  . Le rapport des députés, auquel monsieur Myard a participé, dit exactement le contraire :
Les militaires français ont, quant à eux, exécuté les missions d'évacuation des ressortissants français et étrangers qui leur avaient été assignées, respectant strictement les ordres d'opérations. Les documents recueillis par la Mission concernant les conditions d'exécution de l'opération Amaryllis indiquent, s'agissant des rapports entretenus avec la presse, que les médias ont été très présents dès le deuxième jour de l'opération. Ils précisent que le COMOPS a facilité leur travail en leur faisant deux points de presse quotidiens et en les aidant dans leurs déplacements, mais avec un souci permanent de ne pas leur montrer des soldats français limitant aux seuls étrangers l'accès aux centres de regroupement sur le territoire du Rwanda ou n'intervenant pas pour faire cesser des massacres dont ils étaient les témoins proches. » (p 279-280 de la version PDF du rapport des députés français sur le Rwanda)"

Voir aussi à ce sujet notre communiqué du 4 février 2009 qui rapporte que le colonel Poncet avait une directive pour exécuter ce que rapporte les députés :
http://cec.rwanda.free.fr/pilotage/Communique-2009-02-04.pdf Comme le montre le rapport du colonel Poncet, cité par les députés, l'opération Amaryllis avait l'ordre de ne pas évacuer de Rwandais mais seulement des étrangers.

Les députés opposent "un télégramme du 11 avril venant de Paris "  (page 280 de la version pdf du rapport):
"comme le montre le télégramme du 11 avril venant de Paris : “ le département vous confirme qu’il convient d’offrir aux ressortissants rwandais faisant partie du personnel de l’ambassade (recrutés locaux), pouvant être joints, la possibilité de quitter Kigali avec les forces françaises ”."

Cette attitude contradictoire que les députés font prévaloir est démentie dans les faits : c'est bien la directive reçue par Poncet qui a été opérationnelle selon plusieurs témoignages, les articles de journaux (Le Monde du 14 avril 1994, par exemple, ne parle que de ressortissants français et occidentaux et de la famille Habyarimana) et les documents filmés par les télévisions. Dans la mesure où ce télégramme ne figure pas dans les annexes du rapport des députés, il donne l'impression d'être un joker opportun, non prouvé, glissé pour contredire vaguement la directive reçue par Poncet, non diffusée parce que "confidentielle défense". Mais nous l'avons publiée pendant un an et la DCRI nous a demandé de la retirer de notre site. (On la trouve ailleurs...) On trouve d'ailleurs aussi deux notes de l'Elysée qui confirment cette absence d'évacuation des Rwandais menacés par les massacres et qui datent du 11 avril 1994, la veille de la fermeture de l'ambassade. Elles ne parlent pas d'autres Rwandais que de la famille Habyarimana :

Pour confirmer et clore ce sujet, l'ambassadeur de France au Rwanda lui-même avait d'ailleurs inauguré une plaque commémorative sur l'ambassade de France à Kigali au nom des employés Tutsi abandonnés par l'opération Amaryllis. CF article du nouvel observateur du 15 avril 2005 dans lequel il est écrit : "L'ambassadeur de France à Kigali, Dominique Decherf, a exprimé jeudi soir au nom de la France "ses plus vifs regrets" pour les employés rwandais de l'ambassade "abandonnés à leur sort" lors du génocide de 1994 au Rwanda. "La démarche que j'effectue ce soir est une démarche officielle. Elle bénéficie de toute l'approbation des autorités françaises", a-t-il déclaré au cours d'une cérémonie commémorative de l'évacuation des derniers résidents français de Kigali lors du génocide. C'est la première fois que l'ambassade de France organisait une telle cérémonie commémorative. Sur un total de 72 employés rwandais à l'époque, 18 sont morts pendant le génocide, a rappelé l'ambassadeur. "  Cette proportion s'approche furieusement du fameux 85/15 officiel, dont on dit qu'en réalité il était plus proche de 80/20, entre les Hutu et les Tutsi.

L'évacuation de Tutsi par l'opération Amaryllis n'est donc nullement avérée comme le dit Jacques Myard, mais contraire à la vérité.

Je ne prends donc pas la peine de continuer plus loin cette lecture de son communiqué ... mais je trouve que Jacques Myard devrait s'excuser de faire autant d'erreurs quand il écrit sur le Rwanda. Ceci explique sans doute cela... Qui vole un œuf, vole un bœuf !

Emmanuel Cattier
Membre de la CEC Voir notre page des rapports et documents