RFI jette l'éponge et ne diffusera pas le débat enregistré le 4 avril 2011 entre Jacques Morel et le général Tauzin.
Selon le présentateur, l'émission n'était pas satisfaisante pour la direction de l'Information de RFI. Mais qu'est-donc pour la direction
de RFI "un débat satisfaisant"... entre un civil et un militaire ? ... La "grande muette" préfère probablement qu'on la laisse muette plutôt que mal
représentée par les maladresses de grandes gueules en colère. C'est ça la discipline mon général ! C'est ça l'auto-censure monsieur le présentateur
? L'infantilisme institutionnel français est exaspérant.
Didier Tauzin ne semble pas se rendre compte qu'il défonce la ligne de défense (mensongère) de l'état-major français avec ses dires sur
l'opération Birunga (qui signifie volcan en langue kinyarwanda), selon lui "improprement appelée Chimère" dans le rapport des députés français. Cela
signifierait qu'il n'y a pas eu deux opérations militaires engagées en renfort de l'opération Noroît, mais une seule, celle qui est appelée
effectivement "Opération Volcan" dans le rapport français et que "l'opération Chimère", conjointe, serait un nom mythique, bien choisi, pour faire
diversion dans la guerre de l'information ou plus bêtement une confusion de la mission d'information des députés...
Lire par exemple l'interview de Didier Tauzin dans Le Point du 18 avril 2011. Le rapport des députés affichait que la France aurait été à la "limite de l'engagement direct",
notamment en février 1993, et Tauzin dit au contraire qu'il a retourné la situation militaire contre le FPR et que les politiques l'ont empêché de
continuer. Mais à l'époque, le cessez-le-feu de juillet 1992 entre le FPR et le gouvernement Habyarimana obligeait la France à retirer toutes ses
troupes du Rwanda depuis août 1992. L'intervention directe des opérations militaires françaises de février 1993 fut montrée du doigt par le GOMN,
groupe d'observateurs militaires neutres, et le ministre Pierre Joxe écrivit une note à François Mitterrand à propos de cette impossibilité pour la
France de s'engager directement.
Lire la note de Pierre Joxe du 26 février 1993.
Voir à ce sujet notre étude détaillée de cet accord de cessez le feu
d'Arusha du 12 juillet 1992 que la France a violé :
EC 17-20 avril 2011
Nous avions écris avant :
Le débat initialement annoncé par RFI pour le 4 avril
est reporté. Autocensure ou
vassalité ?
L'émission « Débat du jour » de Jean-François Cadet devait être consacrée au général Didier TAUZIN, auteur de «
Rwanda, je demande justice pour la France et ses soldats » (Editions Jacob-Duvernet).
Il sera confronté à Jacques Morel, invité à témoigner à la commission Mucyo, le 12 juillet 2007, et auteur du livre : « La France au coeur du
génocide des Tutsi » (Izuba/L'Esprit Frappeur) (Voir ci-contre)
L'émission sera seulement enregistrée ce jour là.
Pourquoi ce recul de RFI ? est-ce seulement pour parler du programme du parti socialiste ? Décidément la
complicité française dans le génocide des Tutsi au Rwanda fait peur ou est considérée comme négligeable... moins importante que le programme
socialiste...Cette implication n'était pas non plus dans le programme socialiste de Mitterrand en 1988.
Interrogé par mail sur ce que nous percevions comme une "débandande" et un manque d'indépendance, Jean-François
Cadet nous affirme que c'est lui-seul qui a déprogrammé l'émission : 1
"Je suis très étonné de votre réaction. C'est moi qui ai décidé de reporter le débat de ce soir, et il s'agit
d'une décision que j'ai prise moi-même, en toute indépen[d]ance, et qui est purement éditoriale. Croyez bien que les autorités militaires n'y sont
strictement pour rien. Je puis d'ailleurs vous affirmer que je n'ai eu connaissance d'aucune demande venant de qui que ce soit à propos de la
programmation de ce débat.
Pour votre information, le débat sur le Rwanda, avec les mêmes interlocuteurs et le même questionnement, sera
diffusé prochainement sur notre antenne." Voir photocopie
1 Jean-François Cadet n'explique pas sa décision, mais nous retirons ceci après son mail : "Décidément
le Rwanda fait peur... Certes Morel est en bonne santé et Tauzin peut être malade ? Mais l'armée veut probalement contrôler ce qui sera diffusé,
comme elle a jalousement encadré les auditions d'officiers français devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda. Difficile de manipuler
en direct !"
5 avril 2011
Un magistrat français aurait beaucoup de questions à poser au général Tauzin
Le général Tauzin fait partie des officiers français qui devraient être mis en examen si au moins un procureur français devenait complètement
indépendant. Certes cet officier bénéficierait à ce titre de la présomption d’innocence. Le Général Tauzin n’est pas libre d’aller au Rwanda, il s’y
ferait arrêter pour complicité de génocide selon les intentions affichées par le communiqué du ministère de la justice rwandais au moment de la
publication du rapport Mucyo. La publication de ce communiqué officiel vaut à la revue La Nuit rwandaise une ridicule poursuite en diffamation, voire
ci-dessous.
Le Sénateur belge Destexhe rappelle toujours que, contrairement à la Belgique, la France n’a jamais examiné les responsabilités individuelles de
l’implication française dans les événements du Rwanda. En France un crime d’état n’est pas traité comme un crime de citoyen. Si le général Tauzin peut
débattre, c’est parce que la France n’a pas mis en examen ses autorités compromises dans le génocide, ni ses exécutants zélés comme cet officier. Le
Colonel Tauzin (il est monté en grade après le Rwanda) a fait partie de l'opération Noroît, plus exactement est venu dans les éléments de son
renforcement quand l'armée française eut en février 1993 des difficultés pour porter l'armée rwandaise à la victoire contre le FPR. Ensuite il fit
partie des COS dans l'opération Turquoise de juin à juillet 1994.
Rappellons les mots du général Quesnot devant la Mission d'Information Parlementaire pour le Rwanda : « l’honneur d’un militaire c’est de savoir
désobéir »… c'était à propos du général canadien Dallaire qui commandait la mission de paix de l'ONU qui eut beaucoup moins de moyens matériels et
juridiques que l'opération Turquoise pour intervenir. La MINUAR intervenait au titre du chapitre VI de la charte des nations unies et l'opération
Turquoise au titre du chapitre VII et avait à ce titre le droit et le devoir de neutraliser et d'arrêter les génocidaires et leur propagande. Le
général Quesnot, chef d'Etat-major particulier du Président de la République française est aussi un des officiers français visés par les accusations
rwandaises, un des plus impliqués dans la stratégie française au Rwanda selon notre commission.
Ce débat ne durera que 20 minutes. 10 minutes pour 1500 pages. Cette durée n'est pas à la hauteur du sujet. Il sera probablement remonté avec l'accord
de l'armée avant sa diffusion. A part quelques journalistes courageux, dont on se demande comment ils font, les médias français continuent d'être aux
bottes du pouvoir quand il s'agit des responsabilités graves de crimes de sang de la France en Afrique (le récent film de France 2 "la Françafrique"
n'en a donné que la version économique en gardant tabou les crimes de sang). Mais on peut regarder cela comme un timide début d'amande honorable qui
ne saurait suffir. E.C.