Le Rapport de la  Commission Mucyo pourrait être fort accablant pour la France

 

Kigali, 1er Nov. (ARI) – A l'heure du bilan de la   première phase des auditions débutées le 24 et clôturées le mardi 31 octobre, « des preuves détaillées, précises et irréfutables » de l'implication de la France dans le génocide des Tutsi   s'accumulent selon  des sources proches de la Commission Nationale Indépendante Chargée de Rassembler les Preuves de l'Implication de l'Etat Français dans le Génocide Perpétré au Rwanda en 1994.

 

Un bilan des auditions largement positif :

 

« Nous avons largement atteint nos objectifs », a déclaré, visiblement satisfait, le Président de la Commission Jean de Dieu Mucyo aux journalistes de l'Agence Rwandaise d'Information (ARI) lors d'un entretien exclusif dans son bureau de Kacyiru, à la clôture de la première phase des auditions.  

 

« Nous avons reçu  beaucoup d'informations nouvelles, les témoins auditionnés nous ont indiqués   d'autres témoins, et la publicité médiatique autour de cette première phase d'audition a déclenché une dynamique intéressante ; des gens nous appellent de l'étranger comme de l'intérieur du pays, d'autres viennent jusqu'à nos bureaux de leur propre initiative pour nous fournir des informations utiles », a ajouté le président de la Commission.

 

Interrogé sur l'inquiétude selon laquelle les auditions à huis clos ont pu briser cette dynamique ainsi que le flot des informations déclenché par les deux premiers jours des auditions publiques, le Président de la Commission a répondu : «le huis clos a certes ralenti un tout petit peu la dynamique. Mais ceux qui avaient reçu l'information continuent encore aujourd'hui à nous appeler. D'autre part, le huis clos a permis à certains témoins de s'exprimer plus longuement et de manière plus détendue. A l'avenir, nous essayerons, dans la mesure du possible, d'alterner auditions publiques et auditions à huis clos pour recueillir le maximum d'avantages de ces deux approches. »

 

Au total, vingt (20) témoins ont été auditionnés au cours de cette première phase, sept en public et treize à huis clos. Ils sont, pour la quasi totalité, d'anciens responsables à différents niveaux (administratif, politique, militaire).   « Leurs dépositions nous ont permis de confirmer avec plus de détails et de précisions un certain nombre d'informations initialement recueillies auprès de citoyens ordinaires lors de nos descentes sur terrain » , a précisé Jean De Dieu Mucyo.

 

Les bons résultats de cette première phase d'audition ont permis à la Commission de prendre deux décisions importantes. La première consiste à prolonger les auditions des témoins de contexte. De nouveaux témoins importants ont été révélés à la Commission lors de cette première phase, d'autres se sont manifestés de leur propre initiative. Parmi ces nouveaux témoins de contexte à auditionner vers fin novembre, des étrangers et des Rwandais de la diaspora.

 

La deuxième décision importante est d'effectuer de nouvelles descentes sur terrain pour vérifier un certain nombre d'informations nouvelles recueillies auprès de certains témoins clés lors de cette première phase d'audition.

 

Un rapport qui s'annonce accablant pour la France :

 

L'origine lointaine de cette Commission remonte à avril 2004, dans une résolution de la conférence internationale organisée à Kigali à l'occasion de la dixième commémoration du génocide. Une année plus tard, ladite commission a été créée par loi organique n° 05/2005 du 14/04/2005 avec pour « mission générale de dégager le rôle qu'a joué l'Etat Français dans la préparation et l'exécution du génocide rwandais de 1994. »

 

Depuis lors, la question de fond que se pose tout observateur porte sur la capacité de la Commission à rassembler des éléments de preuve véritablement nouveaux et pertinents par rapport aux nombreuses publications, témoignages et rapports d'enquête sur le rôle de la France dans le génocide.

 

Sur cette question, les membres de la Commission se montrent d'emblée réservés par déformation professionnelle. Ils ne veulent pas anticiper sur les résultats d'une enquête toujours en cours. Mais certaines indications permettent d'entrevoir que le rapport de cette Commission aura sa spécificité et pourrait comporter des preuves accablantes sur le rôle de la France dans le génocide.

 

Tout d'abord, l'abondance des informations et publications antérieures sur le sujet constitue un atout pour la Commission qui s'en inspire pour opérer des recoupements, vérifier et confirmer dans le détail une série d'accusations qui auparavant paraissaient trop générales.

 

La Commission a également l'avantage de mener le gros de ses investigations sur le terrain où ont été commis les crimes présumés de l 'Etat Français. Plus de 70 témoins des faits, c'est à dire des témoins et victimes directes des faits reprochés aux soldats et officiels Français ont déjà rencontré la Commission, et leur liste continue de s'allonger.

 

Des sources proches de la Commission attestent enfin qu'un certain nombre de témoins ont accepté de livrer à la Commission des « preuves détaillées, précises et irréfutables » de l'implication de l'Etat Français dans le génocide, lorsque d'autres anciens responsables politiques et militaires « choisissent la langue de bois et pratiquent la rétention volontaire de l'information de peur de dévoiler leur propre rôle dans le génocide » selon le commentaire d'un observateur assidu de la première phase des auditions.

 

Un rapport solide pour assainir les relations entre le Rwanda et la France

 

La loi organique mettant en place la Commission détaille son mandat en son article 5 qui exige entre autres à la Commission de « transmettre au Président de la République le rapport des travaux qui propose également les actions à mener, avec copie à la Chambre du Sénat, à la Chambre des Députés, au Gouvernement et à la Cour Suprême. »

 

Une fois de plus, les membres de la Commission ne veulent pas anticiper sur les recommandations qui accompagneront leur rapport au moment opportun. Mais à voir la rigueur qu'ils mettent à scruter et à tester la crédibilité de la moindre information qui leur est communiquée, la transparence de leurs auditions qu'ils souhaiteraient pour la plupart publiques, on sent un souci profond d'établir la seule vérité, sans passion ni complaisance ; par delà l'amertume de l'opinion publique rwandaise ou les considérations diplomatiques.

 

Car, seule cette vérité pourra sauver les relations franco-rwandaises de lourds et profonds malentendus alimentés par une histoire récente très douloureuse et non encore éclaircie et assumée. Poursuivre la coopération sur ces malentendus ne contribue pas à rétablir une relation juste, vraie et durable. Telle semble être également la conviction profonde des membres de cette Commission Indépendante dont le profil semble être des plus rassurants en ce qui concerne la crédibilité, l'objectivité et le professionnalisme de leur rapport à venir (*).

 

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(*) « La Commission est composée de sept (7) personnes, comprenant le Président, le vice-président et le Secrétaire, tous nommés sur base de leur compétence et de leur discernement, sans tenir compte de leur nationalité. La Commission est dotée des experts et d'autres personnels qui appuient ses membres dans l'exécution de leurs tâches. » (art. 4 de la loi organique n° 05/2005 du 14/04/2005). Les sept membres de la Commission sont :

1.       Jean De Dieu MUCYO : Président, ancien Ministre de la Justice et ancien Procureur Général de la République ;

2.       Jérome NGENDAHIMANA : vice-Président, ancien officier des ex-FAR, ancien membre de la direction des FDLR et actuellement Général de brigade dans l'armée rwandaise ;

3.       Géraldine BAKASHYAKA : Secrétaire, juriste de formation et ancienne de la Cour Suprême ;

4.       José KAGABO : Historien, Professeur à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) / Paris ;

5.       Jean Paul KIMONYO : Docteur en sciences politiques de l'université de Montréal/Canada, ancien attaché de presse à la vice-Présidence de la République, ancien directeur du Centre de gestion des conflits / UNR, coordinateur et rédacteur principal   du rapport 2005 du PNUD sur le développement humain/BURUNDI ;

6.       Jean Damascène BIZIMANA : Docteur en droit de l'Université de Toulouse / France ;

7.       Alice RUGIRA : juriste, précédemment haut cadre dans une grande compagnie d'assurance, la SONARWA.

 

 

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ARI-RNA/Gén./P.R/ 02. 11. 06/09:08 GMT