IIème phase des auditions de la Commission sur le rôle de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda .

 

Synthèse de la dernière journée

 

Kigali, 18 déc. (ARI) : Ce lundi, la Commission Nationale Indépendante chargée de rassembler les preuves de l'implication de l'Etat français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994 a entendu six (6) témoins dont un expatrié.

 

Témoins n° 30, 31, 32, 33 : Anonymes

 

Identification  : Survivants de Bisesero ; gravement blessés puis évacués à Goma par les

                         soldats Français de l'opération Turquoise dans des hélicoptères, sauf témoin

                         n°32 qui a rejoint le Congo par le lac et a retrouvé les autres blessés graves de

                         Bisesero à Goma pour chercher des soins auprès des soldats Français.

 

Eléments essentiels de leurs témoignage s :

 

  1. Les soldats Français ont infligé des traitements dégradants aux survivants Tutsi de Bisesero gravement blessés, qu'ils avaient évacués vers Goma. Ici les témoins sont unanimes pour affirmer qu'ils ont passé toute une semaine nus et dans la promiscuité. Les soldats Français les avaient dépouillé de leurs guenilles et les avaient placés dans un endroit où ils étaient souvent exposés au froid et au regard des curieux. C'est   plus tard que des habitants de Goma (réfugiés rwandais de 1959) et le CICR ont commencé à leur distribuer des habits.

Ces survivants prenaient leur douche en groupe et à l'arroseoir. Ici, il y a eu une legère contradiction entre les témoins n° 30 et 33. Le premier   parle d'une douche que les soldats Français faisaient prendre à des groupes de 10 à 15 personnes, tandis que l'autre affirme que la douche était donnée à tout le groupe des survivants de Bisesero évacués à Goma à la fois, groupe dont il estime le nombre à 70 personnes.

  1. Les soldats Français ont expressément affamé les survivants Tutsi de Bisesero évacués sur Goma et ont refoulé les habitants de Goma qui leur apportaient à manger.
  2. Les soldats Français   amputaient systématiquement  les membres à des blessés Tutsi survivants de Bisesero même quand ils pouvaient être soignés et guérir autrement. Un des témoins a vu sa jambe amputée de force malgré ses protestations ; deux autres ont   énergiquement refusé et ils sont aujourd'hui bien portants et les membres intègres ; le quatrième témoin a quitté clandestinement le camp pour échapper à l'amputation de sa jambe et il est aujourd'hui en bonne forme.

 

Témoin n° 34. Anonyme

 

Identification  : Ancien planton de SOS village d'enfants à Gikongoro, lieu devenu plus tard

                        quartier général de l'opération Turquoise.

 

Eléments essentiels de son témoignage  :

 

  1. Les soldats Français torturaient et jetaient des gens de leurs hélicoptères, dans la forêt de Nyungwe. Le témoin cite le cas d'un individu qu'il a vu faire monter dans un hélicoptère, escorté par deux soldats Français et un Rwandais.
  2. Les soldats Français tenaient régulièrement des réunions à SOS avec des extrémistes Interahamwe.
  3. Les soldats Français violaient des filles. Le témoin recevait souvent des Français de l'argent pour leur chercher des filles et du canabis.

 

Témoin n° 35. Jean Loup Denblyden

 

Identification  : De nationalité belge ; colonel de réserve de l'armée belge ; arrivé à Kigali le

                         10/04/1994   dans l'opération belge Silverback (pour l'évacuation des

                         expatriés) ; a servi   comme officier de liaison avec l'opération française

                         Amaryllis qui était chargée d'une mision similaire pour les ressortissants

                         Français ; réside aujourd'hui en Suisse coome « senior staff engeneer » au sein

                         de « European Organisation for Nuclear Research" à Genève.

 

Eléments essentiels de son témoignage  :

 

  1. L'armée belge a évacué vers Nairobi entre 200 et 300 Rwandais refoulés par l'Armée Française vers une barrière tenue par les ex-FAR à l'entrée de l'aéroport.
  2. La centrale de communication du CND (siège du parlement ) et de l'aéroport de Kanombe était contrôlée par les soldats Français.
  3. L'hôtel de Milles Collines aurait été épargné des attaques durant le génocide parce qu'il hébergeait une « cellule de communication » de l'armée française.
  4. Lorsque l'avion du président Habyarimana était abattu le 6/04/1994, les officiels belges n'étaient pas conscients de l'état critique de la situation. La famille de l'ambassadeur était à Kigali d'où elle a été évacuée dans un état de panique. L'attaché militaire de l'ambassade était en vacances en Tanzanie. Un état d'esprit qui n'était pas le même du côté français.
  5. Lors du massacre des Bagogwe en 1992, il y'avait des soldats Français sur le terrain. Les communications entre Kigali et cette région ont été coupées alors qu'elles étaient sous contrôle français. Il y avait à l'époque 4 ou 5 coopérants militaires dans la région.
  6. L'assassinat du lieutenant colonel Ephrem Rwabalinda (ex-FAR qui avait été reçu par le chef de l'état major personnel de Mitterand, le général Quesnot, au moment du génocide), peut avoir été commandité par les services secrets français.

 

 

 

ARI-RNA/Gen./P.R/ 18. 12. 06/ 14 : 25 GMT

 

 

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