France-Rwanda/ Génocide


« Pour les soldats français, les Tutsi sont foncièrement mauvais », selon un ancien milicien interahamwe

Kigali, 11 déc. (ARI) - Un ancien membre de la milice Interahamwe, Nisengwe Orose, accuse les instructeurs français d’avoir inculqué aux miliciens durant la formation l’idée selon laquelle « les Tutsi sont foncièrement mauvais », a établi l’Agence Rwandaise d’Information (ARI).

Nisengwe Orose a témoigné ainsi ce lundi devant la Commission rwandaise qui enquête sur le rôle controversé de la France pendant le génocide de 1994. Selon la déposition, les premiers recrutements et entraînements des Interahamwe qui ont exécuté le génocide ont eu lieu en septembre 1993 dans l’ex-Préfecture de Gisenyi d’où Nisengwe Orose est originaire.

« Il y a eu un communiqué diffusé à la Radio Nationale selon lequel tous les jeunes doivent apprendre à manier les armes en vue de sauver la patrie attaquée par l’ennemi (c’est-à-dire le FPR, ndlr) ». Répondant à cet appel,  Nisengwe Orose s’était fait enrôler  dans la milice Interahamwe. Il avait été formé dans les camps de Gisenyi et de Mukamira.

C’est dans le camp de Mukamira qu’il avait eu des soldats français pour instructeurs. «Les Français nous disaient avec insistance que les Tutsi sont foncièrement mauvais, que s’ils venaient à gagner la guerre, tous les Hutu seraient rayés de la carte du monde. Des cartes avec mention « Turihose » (entendez par-là « nous sommes partout
») au recto et image d’un pistolet au verso nous avaient été distribuées », a-t-il dit devant les sept membres de la Commission.

Durant le génocide, Nisengwe Orose affirme s’être rendu au mois d’avril et de mai 1994 avec d’autres miliciens interahamwe à l’aéroport international de Goma (Est de la
RDC) pour recueillir des armes en provenance de la France.
« Vous n’avez rien à craindre, car la France est derrière nous », nous avaient dit de hauts officiers de l’armée dont Anatole Nsengiyumva et le lieutenant Habimana.

Parmi les types d’armes recueillies des mains des soldats français à l’aéroport de Goma, ce témoin a cité des Kalachnikov et des grenades contenues dans des caisses avec l’image d’une houe au dehors. « Toutes ces armes avaient été distribuées aux Interahamwe, ils s’en étaient servi pour tuer les Tutsi ici et là dans le pays », a-t-il fait remarquer.

Durant l’Opération Turquoise, Nisengwe Orose et son groupe avaient été conduits par des soldats français dans l’ex-Préfecture de Kibuye, notamment au Stade Gatwaro et à Bisesero. Deux endroits de triste mémoire où des dizaines de milliers des Tutsi ont péri dans des conditions les plus horribles.

Durant son séjour de deux semaines à Kibuye comme milicien, une semaine de tueries à Gatwaro et une autre à Bisesero, Nisengwe Orose parle des Tutsi qui avaient été regroupés dans les locaux de la paroisse de Crête Congo-Nil par le prêtre français Gabriel Maindron alors Curé de cette paroisse. «Ces Tutsi avaient été par la suite récupérés par des français qui les avaient conduits à un endroit inconnu et ils ne sont jamais réapparus.»

Nisengwe Orose affirme par ailleurs que les soldats français de l’Opération Turquoise avaient aidé les forces génocidaires à fuir vers l’ex-Zaïre. Chemin faisant, les forces génocidaires exécutaient les Tutsi sous le regard des soldats français indifférents.

«Quand nous sommes arrivés au Zaïre, les Français ont mis en place un dispositif pour soigner les Interahamwe. Mon grand frère avait travaillé dans l’un de ces sites de soins situé dans le quartier Mabanga (Périphérie de la ville de Goma, ndlr). Pendant ce temps, les soldats français poursuivaient la formation des miliciens Interahamwe », a-t-il ajouté.

Nisengwe Orose qui fait partie des infiltrés qui déstabilisaient le Rwanda au départ de l’ex-Zaïre est le troisième témoin a être entendu par la Commission rwandaise qui a repris ce lundi la deuxième phase de ses auditions publiques. (Fin). 

ARI-RNA/ Gen./ D.M/ 11. 12. 06/ 16 : 20 GMT

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