Les communiqués

Communiqué de presse, Paris, le 24 mars 2004

Troisième journée consacrée aux présomptions de complicité financière et diplomatique

De la Banque de France à l'Élysée et à l'ONU

La Commission d'enquête citoyenne (CEC) a examiné des documents recueillis à Kigali par le sénateur belge Pierre Galand, qu'elle a longuement auditionné.

La Banque nationale du Rwanda, trésor de guerre des organisateurs du génocide, a pu tirer des sommes importantes sur la Banque de France et la BNP Paris : 2 737 119,65 FF en six prélèvements du 30 juin au 1er août pour la Banque de France, 30 488 140,35 FF en sept prélèvements du 14 au 23 juin 1994 pour la BNP. La Commission se demande comment la Banque de France a pu procurer des moyens financiers (dont 1 500 000 FF le 1er août, alors que le Gouvernement responsable du génocide et sa banque ont quitté le Rwanda depuis un mois) aux auteurs d'un génocide commencé le 7 avril; comment l'autorité de tutelle de la place financière de Paris a pu ne pas demander de couper les liens financiers avec les autorités génocidaires; comment la BNP a pu ignorer la portée de ces prélèvements.

La journaliste Colette Braeckman a confirmé dans ses travaux que, selon une source sûre, le Gouvernement intérimaire rwandais (GIR) composé de représentants des factions politiques extrémistes et qui va aussitôt superviser le génocide, aurait été constitué au sein de l'ambassade de France à Kigali, sous la houlette de l'ambassadeur Marlaud. La France va continuer de reconnaître et d'aider le GIR (qui sera jugé responsable du génocide par le Tribunal pénal international d'Arusha) durant tout le génocide et même jusque mi-juillet 1994 environ, après avoir protégé sa fuite. Le 27 avril 1994, 20 jours après le début du génocide, elle a accueilli à l'Élysée, au Quai d'Orsay et, semble-t-il, à Matignon, le ministre des Affaires étrangères du GIR Jérôme Bicamumpaka, accompagné d'un leader réputé pour son fanatisme - ce malgré les avertissements d'importantes organisations des droits de l'Homme, qui ont mis en garde l'exécutif français contre la caution ainsi apportée aux autorités en train d'administrer le génocide. Ceci a été confirmé par l'avocat et militant des droits de l'Homme bruxellois, Eric Gillet.

L'Élysée, qui disposait d'une grande influence sur le GIR, ne s'en est guère servi pour l'inciter à cesser les massacres. Le Président de la République, selon Patrick de Saint-Exupéry, et son Monsieur Afrique Bruno Delaye, selon Alison Des Forges, auraient tenu des propos marquant une indifférence quasi totale au fait qu'un génocide puisse être en train de se commettre en Afrique, comme s'il s'agissait de quelque chose de banal.

Selon Alison Des Forges, la représentation française à l'ONU, en bons termes avec celle du GIR, aurait mobilisé son influence et ses relations au siège des Nations unies pour infléchir l'information du Conseil de sécurité, favorisant la perception d'un conflit armé plutôt que celle d'un génocide en cours. Une telle présentation a été celle proposée pendant plusieurs semaines par le Secrétariat général. Elle a concouru à limiter et retarder les réactions internationales contre le génocide.

La CEC est organisée par plusieurs associations (Aircrige, la Cimade, l'Observatoire des transferts d'armement et Survie). Elle est présidée par le juriste Géraud de la Pradelle. Y participent également l'historien Yves Ternon, Bernard Jouanneau, avocat, et Annie Faure, médecin.